Hiver glacé
Peut-être la lumière, peut-être autre chose
peut-être la lumière, peut-être autre chose
Plusieurs groupes sortirent le même jour, au cœur de l’hiver glacé. Un seul revint. Ceux qui se tenaient près de l’entrée parlèrent d’un homme en colère, qui exigeait que tout soit barricadé sur-le-champ. Il ne criait pas par peur. Il criait par certitude — c’est ce qui marqua le plus, peut-être.
Le camp militaire avait été attaqué. Pas par des civils. Pas par une émeute. Par autre chose, disait-il, et il ne précisa pas davantage. Les coups de feu qu’on entendit plus tard, au loin, devaient être la preuve que le camp n’avait pas tenu. Ayanna, partie d’un autre côté, ne rentrait toujours pas.
Il s’opposa violemment à Shane, qui voulait sortir tout de suite. Il parlait comme un homme qui a vu ce qu’il ne fallait pas voir. Un instant — un seul —, ses yeux semblèrent prendre une teinte étrange. Laiteuse, mêlée de rouge. Peut-être la lumière, peut-être autre chose.
Les jours suivants, une nuit, Miguel monta sur le toit avec Lise, et ils quittèrent la Résidence en silence. Ceux qui ne dormaient pas entendirent des bruits de course, puis des cris étouffés, puis quelque chose qui ressemblait à des impacts secs. Pas des tirs. Quelque chose d’autre. On ne sait pas dire quoi.
Il rentra blessé. Lise rentra avec lui. Vivante. Mais pâle. Depuis, il ne lui adresse plus la parole. Personne n’a osé aller lui demander pourquoi.