Mémoire collective — voix anonyme arquenche · ce qu'on en raconte
CHRONIQUES
Voix anonyme du couloir, des rues d'Arquenche, de ce qu'il s'est passé et de ce qu'on en a retenu. Aucune de ces rumeurs n'est confirmée. Toutes ont circulé.
- Aux premiers jours d'automne
Le festival et la pluie qui tombe
Une voix joyeuse à la radio promettait des éclaircies pour l'après-midi. Personne, ce matin-là, n'imaginait que ce serait la dernière.
- Premier mois enfermé
Vie en quarantaine et premières affinités
Les jours se ressemblaient. À force, certaines mains se reconnurent — et les groupes prirent forme, presque sans qu'on s'en aperçoive.
- Aux frontières de l'automne
Quand la porte s'est ouverte
La libération fut annoncée. Peu osèrent franchir la rue. Et de ceux qui allèrent plus loin, certains ne sont pas revenus tout à fait pareils.
- Premier hiver
La nuit où ça a craqué
Ce soir-là, tout alla très vite. Le coup de feu — certains l'entendent encore, les yeux fermés.
- Cœur de l'hiver
Le sang d'abord, la fièvre ensuite
Cinq partirent vers l'hôpital. Un seul rentra indemne. Et après ça, rien n'a vraiment été pareil — pas même les fièvres qui s'invitaient sans cause.
- Au fil de l'hiver
Quand les voix s'élèvent
L'hiver feuilleta l'immeuble en strates qui ne se parlaient plus — moteurs la nuit, voix au sous-sol, et Karl penché sur sa carte, le jour, comme si elle pouvait répondre.
- Hiver glacé
Peut-être la lumière, peut-être autre chose
Un homme rentra en hurlant qu'il fallait tout barricader. Ceux qui l'avaient vu de près n'auraient pas su dire ce qu'ils avaient vu.
- Au cœur du givre
Les chariots et les talkies
Un caddie vide partit vers le Nord-Ouest, en plein givre, et revint plein. Plus tard ce soir-là, Lise monta sur le toit — et y resta jusqu'à l'aube.
- Vers la fin de l'hiver
La Salle qui porte un nom
Ils rentrèrent chargés de médicaments. Personne ne plaisanta. Et la salle à côté des cuisines prit un nom — Salle Uriel — que personne ne sait expliquer.
- Aux premiers jours du printemps
L'homme qui rentre les morts
Chaque jour, un homme part seul à la clinique. Il en revient couvert de traces sombres. Il ne dit pas pourquoi — et la clinique, peu à peu, redevient un lieu.
- Au sortir du grand froid
Une voix dans la nuit
Une voix sortie de la radio, tard, depuis le Nord-Est. La Salle Uriel resta éclairée bien après le silence.
- Vers les pluies
Quand la rue s'est levée
Un cri traversa le couloir. Dehors, des coups de feu, puis la rue qui déferle. La pluie commença à tomber ce soir-là.
- Au tournant du printemps
Le bâtiment d'à côté
Le dernier étage changea d'usage. Le bâtiment voisin commença à se peupler. Et quatre inconnus arrivèrent — Randy, Ana, Isola, puis Harold avec son chien.
- Aux abords de mai
La lumière au rez-de-chaussée
L'expédition Bibliothèque revint en courant. Un caddie ramena Lise blessée. Un seul ne franchit pas la porte ce soir-là.
- Aux derniers jours du printemps
Vous passerez mes salutations
Une hache au sol. Une fumée noire derrière le magasin d'Alain. Un homme, son chien, des enfants qui rient. Quatre fils qui ne se rejoignent pas.