Au sortir du grand froid

Une voix dans la nuit

Cette fin d’après-midi-là, les discussions reprirent un peu de leur légèreté d’avant. Gabriel et Lise riaient à mi-voix. Elodie se joignit. Une petite balle bleue passait d’une main à l’autre. Sur la table, on triait les médicaments avec le sérieux des gestes qu’on retrouve. Lise, ces jours-là, montait souvent sur le toit. Personne ne savait à quelles heures. Un soir, elle redescendit moins triste — plus perturbée aussi, mais c’est autre chose.

Puis vint cette nuit où, au dernier étage, on entendit du bruit. Comme si quelqu’un poussait des meubles. Au matin, personne n’en parla. Serge avait demandé que Miguel, Gabriel et Sylas montent à l’appartement du fond. On dit qu’il en redescendit blanc comme un linge — c’est l’un des rares détails qui circulent. La vieille dame au chat ne revint pas. Le jeune homme qui partageait son logement non plus. Miguel descendit ensuite voir Elodie — une blessure à l’épaule, un air fatigué, ou peut-être autre chose. Il repartit vite.

Tard, ceux qui ne dormaient pas perçurent de l’activité dans la Salle Uriel. Les militaires du camp Nord-Est appelaient par radio. Des noms s’échangèrent. On demandait des nouvelles de plusieurs habitants — Miguel entre autres, qui ne confirma rien. Un rendez-vous fut fixé. La Salle Uriel resta allumée longtemps après que la radio se fut tue.

Dans les jours qui suivirent, on parlait d’une dizaine de malades descendus au sous-sol. Elodie les surveillait.

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