Premier hiver
La nuit où ça a craqué
on l'entend encore, le coup de feu
Ce soir-là, tout alla très vite. Karl, Shane, Lise étaient descendus au garage. Des cris. Ils remontèrent. Une altercation. Un civil qu’on emmena. Des mots échangés avec un militaire à l’intérieur. Et puis :
PAN.
En haut, un mouvement de panique. Pendant que les trois en bas tenaient le militaire en discussion, dehors un autre groupe se battait avec trois soldats. Un militaire tomba. Transpercé par la tête. Comme si quelque chose lui avait fondu dessus de très haut. Personne n’a su dire exactement quoi.
Miguel et Ayanna, postés de l’autre côté de l’immeuble. Trois militaires endormis attachés entre eux. Le mort non loin. L’air d’attendre qu’on vienne les chercher. Lise et Karl, à genoux dans la rue, enterrèrent le civil proprement, essuyèrent les taches de sang au sol, puis s’enfermèrent dans la cage d’escaliers, au cas où. Gabriel, lui, redescendit au garage sans un mot.
Trois jours. Ceux qui devaient ramener les militaires endormis à leur commandement ne revinrent pas. L’immeuble devint presque silencieux. On ne voyait plus les enfants dans les salles de jeux. Alain essayait d’apaiser les tensions, tout en cachant que les réserves saines fondaient. Lucian, lui, se terra dans le sous-sol après avoir compris ce qu’il avait failli faire. Gabriel ne lâchait plus une arme à la ceinture. Il sursautait à chaque bruit fort.