Aux premiers jours du printemps
L'homme qui rentre les morts
Aux premiers jours du printemps, Miguel disparaissait plusieurs heures chaque journée. Il ne prévenait pas toujours. Il prenait son sac, parfois une bâche, parfois rien, et il partait seul vers la clinique.
Au début, certains crurent qu’il préparait une expédition.
Puis quelqu’un le vit revenir couvert de traces sombres, les vêtements sales, les bras lourds. Il s’occupait des morts. Il les descendait un par un. Il les couvrait avant de les déplacer. Il les rassemblait à la morgue tant qu’il y avait de la place, puis dans le parking quand il n’y en avait plus. Personne ne l’accompagnait. Il n’avait demandé personne.
Les couloirs étaient toujours rouges là-bas. Mais il n’y avait presque plus de corps au sol. Il ne racontait rien en rentrant. Il se lavait. Il mangeait peu. Il retournait dans la Salle Uriel. On ne sait pas s’il fait ça pour l’hygiène. On ne sait pas s’il fait ça pour autre chose. La clinique ne serait plus seulement un charnier — elle serait redevenue un lieu.
Pendant ce temps, à la résidence, Gabriel mit en libre service un caddie rempli de vêtements. Il proposa du matériel de coiffure à ceux qui étaient doués de leurs mains. Il sifflait en restockant les détergents. À ceux qu’il croisait, il demandait s’ils avaient besoin de quelque chose. Lui et Miguel finirent par repartir vers l’est, en restant en communication par talkies depuis la Salle Uriel.
Peu après leur départ, Lise redescendit à la salle. La tête entre les bras. Un talkie posé devant elle. Elle attendait les voix.