Aux premiers jours d'automne
Le festival et la pluie qui tombe
Le matin du festival, une voix joyeuse à la radio promettait des éclaircies pour l’après-midi. Une annonce de ce genre, on dit que c’est la dernière à s’être faite entendre dans la ville.
Puis l’immeuble étudiant est devenu refuge. On l’a appelé « zone verte », sans que personne ait demandé le nom. Karl, un homme un peu carré, prit les couloirs en main. Rations partagées. Médiation entre ceux que la peur rendait hargneux. Listes de spécialités, au cas où. Lise le rejoignit à la bibliothèque pour conter aux enfants. Parfois elle mélangeait deux histoires en une, et nul ne sut jamais si c’était la fatigue ou l’envie de les faire rire.
D’autres figures se dessinaient dans l’ombre. Miguel patrouillait la nuit, une bouteille d’eau à la main, jaugeant les regards. Sylas, adossé à un mur, partageait une gorgée de whisky pour mieux écouter. Shane se dépensait en préparation à on ne sait quoi, en silence. Gabriel, crâne rasé, restait près des autres sans rien demander. Lucian cuisinait pour distraire un peu les jours.
Au bout d’une semaine, ce petit groupe-là monta ensemble dans l’ascenseur. Quand ils en redescendirent, le vieux bougon, Serge, ne grondait plus les enfants.