Au tournant du printemps

Le bâtiment d'à côté

Au lendemain de l’expédition, la réunion en Salle Uriel dura des heures. Puis Lise, Karl et Ayanna montèrent au dernier étage. Ils frappèrent aux portes, aidèrent à porter des cartons, accompagnèrent les plus âgés ailleurs. Les chambres furent vidées, nettoyées. Au sous-sol, Miguel, Gabriel, Poltorak et Lise passèrent de longues heures, le visage fermé.

Un matin, Miguel sortit seul sous la pluie. Sans talkie. Direction l’hôpital. On le retrouva du côté des Arcades, avec le groupe de jeunes qu’on croyait perdu. Tous vivants. Ils rentrèrent tard, les vêtements en lambeaux. Ceux qui le regardèrent de plus près disent que sous les déchirures, il ne semblait pas vraiment blessé — peut-être la lumière, peut-être autre chose. Il se lava seul au rez-de-chaussée. Personne ne posa de questions.

Plus tard vint une nouvelle tête. Randy. Calme, méthodique. Plongé dans les rapports en Salle Uriel. Un soir de pluie, Miguel rentra avec lui — « ramassé sous la pluie parce qu’il avait l’air d’avoir froid », dit-il sans plaisanter.

Une patrouille au sud-est ramena deux femmes retranchées depuis le début. Ana, et Isola. On murmurait qu’Ana aurait travaillé avec Miguel avant tout ça, dans le même service — il ne l’aurait reconnue qu’en rentrant. Gabriel rentra en boitant ; il s’était blessé au pied pendant le combat.

Le lendemain, une réunion fut convoquée en Salle Uriel. Miguel la mena de bout en bout, carnet en main. Les rôles furent distribués : Gabriel à la reconnaissance, Ayanna à la formation, Lise aux communications, Sylas aux véhicules, Miguel lui-même à la coordination et à la première ligne. Certains habitants n’avaient jamais vu Miguel prendre autant de place dans une pièce. D’habitude, il était là sans qu’on l’entende vraiment. Là, il parlait. Et tout le monde écoutait.

Plus tard encore, un homme blessé arriva avec un chien. Harold. Un Golden Retriever nommé Balou.

Le dernier étage tient désormais lieu d’hôpital. Le bâtiment d’à côté — on l’appelle les Châtaignes — commence à se peupler. Lise s’installa dans la chambre rose des Châtaignes. Un cocon presque à elle.

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