Vers la fin de l'hiver
La Salle qui porte un nom
il y a des choses qu'on ne se remet pas d'avoir vues
Vers la fin de l’hiver, Sylas, Karl, Miguel et Lise se retrouvèrent dans une nouvelle petite salle, aménagée à côté des cuisines. Préparés, le visage fermé, ils partirent vers l’Hôpital chercher des médicaments. Lise paraissait craintive au début. Elle suivit quand même. Elle disait ce qu’elle savait.
Ils rentrèrent tard.
Chargés. Des caddies pleins, des poussettes détournées pour transporter des caisses. De quoi soigner. De quoi tenir. Karl et Miguel portaient des bandages improvisés. Miguel boitait légèrement. Personne ne les vit plaisanter. Personne ne les entendit raconter ce qu’ils avaient vu.
Et Lise.
Elle ne parlait plus. Pas un mot. Ses larmes coulaient sans qu’elle cherche à les retenir. Cela ne ressemblait pas à du chagrin. Plutôt à de la terreur, peut-être, ou à quelque chose qui n’avait pas de nom. Elle regardait à travers les murs, comme si quelque chose était resté derrière ses yeux. Ses poings restaient serrés. Ses paumes saignaient parfois — comme si c’était le seul moyen qu’elle avait de rester là, accrochée à elle-même, à la pièce, à l’instant.
La nuit, on l’entendait faire des cauchemars. Elle s’empêchait de dormir, sauf à tomber de fatigue.
Depuis ce jour, la salle près des cuisines porte un nom : Salle Uriel. Personne ne sait vraiment pourquoi. On vit Miguel y afficher des feuilles, des notes, des plans. Il ne s’expliqua pas.
Karl, à son retour, commença à contracter quelque chose. Cette fièvre dont on parle souvent, et qui pèse comme une épée de Damoclès sur les habitants. L’Hôpital n’était peut-être pas simplement vide. Et ce qu’ils y ont trouvé ne concernait peut-être pas seulement les malades.