Aux frontières de l'automne

Quand la porte s'est ouverte

La libération fut annoncée. Peu osèrent sortir dans la rue. Les premiers à sortir ne dépassaient pas le trottoir, repassaient devant les deux militaires qui prenaient note de chaque visage, puis rentraient aussitôt. L’attente se changea en déception sourde. Elodie, l’infirmière, prenait à part ceux qui voulaient se confier, le sourire tenu comme un fil.

Près des entrées, une carte de la zone libre fut affichée. On l’apprenait par cœur, de peur de s’égarer involontairement de l’autre côté. Au loin, parfois, passaient des avions. Des caisses de vivres arrivaient encore — en quantité plus mince qu’avant.

Une équipe alla jusqu’à la supérette d’en face chercher des provisions. Gabriel, Miguel, Ayanna, Lucian. La marchandise fut déposée au sous-sol. Et ensuite, plus personne ne les revit dans les parties communes. Le bruit a couru qu’ils étaient confinés au garage, qu’on ne devait pas les approcher, qu’Elodie les avait rejoints peu après. Personne, vraiment personne, n’explique encore pourquoi.

En bas, des abris de fortune. Des portes que le vieux Serge fermait sous ordre des militaires. Des plateaux déposés devant chaque porte. Parfois, sur les plateaux, un mot. Un petit mot. Shane descendit y laisser le sien — « Tenez bon, -Shane » — et un jeu de cartes pour passer le temps.

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